Vases
48 | Tabourets
Du 8 septembre 2007 au 13 octobre 2007
September 8th until October 13th 2007
 

•••> Vues de l’exposition / Exhibition views

TABOURETS Si proche du sol
Il est un meuble qui, pour tout designer digne de ce nom, constitue on ne sait vraiment pourquoi une sorte de passage obligé, une quête ultime sans laquelle point de reconnaissance : la chaise. Le tabouret, lui, est loin de s’enorgueillir de telles faveurs. Sans doute est-ce parce que ce « siège à quatre pieds qui n’a ni bras, ni dos » (dixit Le Littré) n’épouse pas entièrement le galbe du corps humain, juste sa partie réputée la moins noble : le séant. Il n’empêche. La brève histoire du design regorge de spécimens notoires : le tabouret dit « d’Ulm » conçu par Max Bill et Hans Gugelot, le Butterfly de Sori Yanagi, le Mezzadro des frères Castiglioni, le Rocking d’Isamu Noguchi, le Time-Life des Eames…
Le tabouret est un objet ultra-fonctionnel. Face à une chaise naturellement sédentaire, le tabouret, lui, est plutôt du genre nomade. Assis dessus à califourchon, on perçoit les choses différemment. Le point de vue n’est-il effectivement pas autre si proche du sol ?
Ce projet est né d’un souvenir, celui de ce siège rustique en bois que les fermiers utilisent dans les vallées alpines : le « tabouret de vacher », communément appelé « botte-cul ». Celui-là même que Charlotte Perriand a jadis traduit avec justesse dans une version à trois pieds destinée aux habitations de la station de sports d’hiver de Méribel-les-Allues (Savoie). L’exercice présent consiste à questionner des designers d’aujourd’hui sur cet archétype d’hier. Il aura fallu deux ans et demi pour produire ces 23 tabourets. Chacun d’eux apporte une réponse singulière. Chaque objet possède ses particularités propres : un matériau, une forme, une logique.
Le tabouret n’est pas un objet banal. En Afrique, ce siège est « une des articulations d’un système de pensée complexe construit sur les liens qui unissent, entre eux, la terre, les dieux, les ancêtres, la société, l’individu ; les mythes, les rites, les gestes quotidiens ; la matière, l’objet, la parole » (Le corps et la chaise, Jean-François Pirson, éd. Métaphores, 1990). Dans le palais du chef, la « Maison des tabourets » est une pièce sans fenêtre. Seules quelques personnes ont droit d’y entrer et régulièrement le gardien vient y faire des offrandes.
Les 23 tabourets ici exposés sont, eux, alignés à la queue leu leu. Procession mystique ou joyeuse parade ? Le silence y est de mise. En 1965, dans une performance intitulée Comment expliquer des peintures à un lièvre mort, Joseph Beuys est assis sur un tabouret. À l’animal empaillé qu’il serre dans ses bras, il explique le sens de l’art.

STOOLS So close to the ground
There is a piece of furniture that inexplicably constitutes a sort of rite of passage for any designer worth his or her salt, the ultimate quest, without which there can be no recognition: the chair. The stool can not claim such a status. Probably because this « siège à quatre pieds qui n’a ni bras, ni dos (four legged seat without arms or back)» (dixit Le Littré) does not support the human body completely, only its least noble part: the posterior. That is as it may be. The short history of design is replete with notorious specimens: the « Ulm stool » designed by Max Bill and Hans Gugelot, the Butterfly by Sori Yanagi, the Mezzadro by the Castiglioni brothers, the Rocking by Isamu Noguchi, the Eames’Time-Life… The stool is an ultra-functional object. Compared to the naturally sedentary chair, the stool is more of a nomad. Sitting astride a stool, one sees things differently. Isn’t one’s point of view different when closer to the ground?
This project was born out of a memory, that of the old rustic seat used by farmers in Alpine valleys: the “milking stool”, known in Swiss as the
“botte-cul”. The same one that Charlotte Perriand adapted so perfectly as a three legged version made for houses in the skiing resort of
Meribel-les-Allues (Savoie). The present exercise consists of questioning the today’s designers on this archetype of yesterday. Each one answered differently. Each object possesses its own particularities: a material, a shape, a logic.
The stool is not an ordinary object. In Africa, this seat is “one of the articulations of a complex system of thought built on the ties that bind together the earth, the Gods, the ancestors, society, the individual; the myths, rites, everyday gestures; matter, the object, the word” (Le corps et la chaise, Jean-François Pirson, published by Metaphores, 1990). In the chief’s palace, the “Stool house” is a room without windows. Only certain people have the right to enter and the guardian comes regularly to offer gifts.
The 23 stools on show here are all in a line. A mystical procession or joyful parade? Silence is essential. In 1965, in a performance entitled “Teaching painting to a dead hare”, Joseph Beuys sat on a stool to explain the meaning of art to a stuffed animal he held in his arms.