- 50 | Ronan & Erwan Bouroullec
- Du 26 janvier 2008 au 8 mars 2008
- January 26th until march 8th 2008
•••> Vues de l’exposition / Exhibition views
Pour Ronan et Erwan Bouroullec, le travail de galerie est l’occasion
d’une respiration hors du système de contraintes qui façonne leur apport
passionné au design industriel.
Leur besoin de démesure raconte la jouissance presque enfantine qu’ils
ont ici d’échapper à l’astreinte d’un cahier des charges. Par leurs proportions
singulières, ces nouvelles pièces s’affranchissent des typologies existantes
et des conventions domestiques. Elles s’émancipent des formes définies
et définitives.
Les frères Bouroullec naviguent entre connu et inconnu, dans un entre-deux
qui laisse néanmoins une grande place à l’usage.
Inquiétante, la longue lampe noire invente un principe de pivotement,
qui prend appui sur le plafond. Elle s’anime comme un organisme vivant,
sorte d’hydre à trois têtes. Son diamètre exagéré évoque aussi l’imposante
taille des lustres vénitiens.
Les tables en polyester moulé, à l’aspect synthétique, sont de grandes
formes monolithiques à peine décollées du sol. Blanches et irréelles,
elles apparaissent tels des morceaux de banquise en dérive.
Le canapé –peut-on encore le désigner ainsi ?– se résume à une boîte
noire, une de ces formes élémentaires qu’affectionnent Ronan et Erwan
Bouroullec. Face à son format intrigant (3m x 2m), on hésite devant la
nature de l’objet. Meuble ou alcôve ? L’amas de couvertures dissipe
le doute sur sa fonction : il s’agit bien d’un lieu de confort,
un abri de repli ou de repos, une sorte de parenthèse spatiale.
Tout aussi impressionnant par ses dimensions (4m de large, 2,20
m de haut), le paravent est plus proche du « mur textile »
que de la séparation mobile. On se laisse séduire par ces pans de laine
à la géométrique irrégulière et surpiquée dont les couleurs s’entrechoquent.
Le dessin du châssis en aluminium sur lequel sont « déposées »
ces grandes couvertures de laine semble rappeler l’atelier du sellier
et son environnement de peaux déployées sur des tréteaux métalliques.
Ces quatre objets ne forment en aucun cas une collection car ils ont
été imaginés à des moments différents. En revanche, tous font état de
la recherche constante des frères Bouroullec sur la notion de « qualité
d’atmosphère ». L’insert du textile en est une réponse. Dans le
cas présent, ce dernier est support de couleurs, sous forme de grands
aplats monochromes qui évoquent certaines peintures abstraites.
Après avoir exploré, avec la tuile textile Kvadrat, une touche plutôt
pointilliste et vibrante, les deux designers expérimentent aujourd’hui
le rythme à la fois rigoureux et lyrique des assemblages et des imbrications
de formes, associé à l’idée de strates chromatiques. « La couleur,
c’est la vie », disait Ettore Sottsass. « La couleur, c’est
aussi compliqué que la vie », ironise Ronan Bouroullec. Les deux
frères refusent en tout cas d’inventer une quelconque théorie sur le
sujet.
Ils apprivoisent la couleur avec méthode, tout en se laissant guider
par leur intuition. C’est à chaque fois, réjouissant et prospectif. Leur
esthétique y gagne en puissance sensible.
For Ronan et Erwan Bouroullec, working with galleries is a chance to
breathe outside the usual constraints that characterise their enthusiastic
contribution to industrial design.
Their need to go “over the top” shows their almost childlike joy in escaping
the ties that bind them when working on a brief. The unique proportions
of these new pieces are free from existing typologies and domestic conventions.
They free themselves from defined and definitive shapes.
The Bouroullec brothers travel between the known and the unknown, moving
in an « in-between » space that still leaves plenty of room
for practical use.
The disturbing, long black lamp, invents a pivoting principle that leans
on the ceiling. It moves like a living organism, like a three-headed
hydra. The exaggerated diameter evokes the imposing size of Venetian
chandeliers.
The moulded polyester tables, with their synthetic appearance, are huge
monolithic shapes that are barely off the ground. Their white and unreal
aspect makes them seem like floating ice floes.
The sofa – can we still refer to it as such ? – is a black box,
one of the elementary shapes that Ronan et Erwan Bouroullec love so much.
The intriguing shape (3m x 2m) makes us wonder about the true nature
of the object. Is it a piece of furniture or an alcove? The pile of covers
clears any doubts about its function: it is a place of comfort, a shelter
for rest and retreat, a sort of spatial parenthesis.
Just as impressive in terms of dimension (4m wide, 2.20m high), the screen
is more of a « fabric wall » than a mobile separation. One
is seduced by these patches of wool in abstract, geometric, stitched
shapes in clashing colours. The design of the aluminium chassis on which
these huge wool covers are “placed” reminds us of a saddle maker’s workshop
with skins hanging on metal trestles.
These four objects do not constitute a collection by any means as they
were all designed at different times. However, they do represent the
constant research of the Bouroullec brothers into the notion of the “quality
of the atmosphere”. The use of fabric is one answer. In this case, it
is a vehicle for colour, and the huge, flat, monochrome surfaces bring
to mind Serge Poliakoff’s compositions.
After having explored a more pointillist and vibrant touch with the fabric
tile Kvadrat, the two designers are today experimenting with the strict
and lyrical rhythm of collections and fitted shapes, associated with
layers of colour. Ettore Sottsass said “Colour is life”. Ronan Bouroullec
ironically says that “colour is as complicated as life”. In any case,
the two brothers refuse to invent any kind of theory on the subject.
They tame colour with method, letting themselves be guided by their intuition.
This is a delight and an open door every time as their aesthetic visibly
gathers strength.
