Il y a deux ans, les membres du collectif de design londonien JAM ont entamé une résidence au Cirva, le Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, une organisation à but non lucratif située à Marseille. Installés au cœur de la cité phocéenne, les ateliers et les fours du Cirva constituent un véritable laboratoire de recherche et de développement autour de tout ce qu’il est possible de réaliser en verre. Au fil des années, ses maîtres verriers et ses spécialistes du travail à froid ont collaboré avec de nombreux artistes et designers de premier plan.
JAM — composé de Joe Halligan, Dan Waterstone et Adam Willis — a été fasciné par l’art et le savoir-faire à l’œuvre, par le potentiel qu’offre le travail de ce matériau extraordinaire et par la possibilité d’en détourner les traditions. « Stanislas Colodiet, qui en est le directeur depuis 2019, s’intéressait à la dynamique de notre groupe », explique JAM. « Mais aussi à l’improbabilité du projet : fabriquer des objets en verre à une échelle jamais envisagée auparavant. »
Le résultat de ces deux années de recherche et de production est aujourd’hui présenté à la Galerie kreo, à Paris. Il s’agit de la première exposition des designers avec la galerie. Dans cet espace de la rive gauche, les visiteurs découvrent un paysage composé d’imposantes lampes en verre, dont la plus haute atteint 3,5 mètres, tandis que les plus petites culminent tout de même à 2,2 mètres. Réalisés en plusieurs sections de verre transparent, ces objets totémiques apparaissent à la fois familiers et étranges : d’un côté, ils évoquent les lampadaires classiques que l’on s’attend à trouver dans la rue ; de l’autre, ils se révèlent spectaculairement fragiles et séduisants, avec leurs teintes lumineuses — rose, vert, lilas et bleu. Leur construction se lit à travers la densité de la couleur, qui s’intensifie là où les différentes sections se chevauchent, particulièrement au niveau des joints et des arêtes, ainsi qu’à travers les ombres qu’ils projettent dans l’espace.
Les trois protagonistes, aujourd’hui âgés d’une trentaine d’années, se sont rencontrés en 2011 alors qu’ils étudiaient l’architecture à Londres, avant de former officiellement JAM en 2021. Ils travaillent désormais dans un studio baigné de lumière et rempli de maquettes, dans l’est de Londres. Leurs projets se situent à la croisée de l’architecture, du mobilier et de l’objet, une diversité qui leur permet de développer des idées communes à différentes échelles. La transformation des matériaux est au cœur de leur pratique, tout comme l’intérêt qu’ils portent à la manière dont les choses sont fabriquées. « Nous croyons qu’il faut apporter du caractère et de la personnalité à l’environnement bâti et à la vie quotidienne », expliquent-ils. « Et imaginer des façons plus riches et plus étranges d’habiter le monde. »
Les lampes totémiques créées par JAM au Cirva pour kreo possèdent une présence presque surréaliste dans l’espace intérieur. Elles sont trop hautes, trop fines, trop improbables, et pourtant restent identifiables comme les archétypes urbains dont elles sont inspirées. Les modèles comprennent une tige surmontée d’un seul globe, de deux globes ou de quatre globes. Un autre modèle est équipé de sources lumineuses coniques, tandis qu’une autre version adopte une forme d’ampoule. Leur conception a poussé les experts du verre jusqu’à leurs limites : chaque élément, y compris les tubes les plus fins, a été soufflé à la main puis assemblé par le département de travail à froid. Chaque lampe est ainsi unique, dotée de sa propre personnalité grâce au processus de fabrication manuelle et aux différentes épaisseurs obtenues. Dressées de toute leur hauteur, elles tiennent davantage du personnage que de l’objet.
Parmi les projets actuels de JAM figure la transformation de l’ancien palais de justice d’Amsterdam — un bâtiment brutaliste monumental datant de 1975 — en musée Hartwig, dont l’ouverture est prévue en 2028. À Kyoto, un nouveau studio de musique est en cours de construction : les musiciens pourront y vivre, écrire et enregistrer leurs œuvres dans un même bâtiment. À l’est de Londres, le collectif transforme également un entrepôt du XIXe siècle en ateliers destinés à la communauté. En 2025, JAM a achevé un projet collaboratif entre Nike et la marque londonienne de skate Palace, qui comprend un skatepark intérieur ainsi qu’un terrain de football grillagé en contrebas.
Cette nouvelle exposition chez kreo approfondit leur réflexion et leur pratique. Elle poursuit une exploration de l’union entre artisanat, industrie et art ; une volonté d’expérimenter ; un engagement en faveur du fait main, de l’adaptation et de l’improvisation ; ainsi qu’une démarche de détournement, lorsqu’elle est pertinente. « Nous avons fabriqué les lampadaires en verre », expliquent-ils, « parce que c’est le mauvais matériau. »
Caroline Roux
© Alexandra de Cossette